Calames

MMSH-PH-3241 Entretien par Michel Seurat auprès de Farouq Muqaddem sur le mouvement du 24 Octobre et la situation particulière de Tripoli dans le conflit civil libanais

Date : 1983-01-05
Langue : françaisarabe
Description physique : 1 micro-cass. 53 min.
Description : Michel Seurat s’entretient avec Farouq al-Muqaddem du mouvement dit “du 24 Octobre” (1969) à propos de la situation de Tripoli. Un autre homme non identifié pose parfois des questions. En 1975, Muqaddem, proche du parti communiste et du Mouvement national, a tout fait pour que les combats cessent. Selon lui, il fallait accepter le cessez-le-feu en 1976 pour “échapper à cette folie”. Le troisième interlocuteur (non identifié) rappelle que désormais, on ne peut plus y échapper, du fait du conflit entre Sunnites et Alaouites à Tripoli. Muqaddem quant à lui nie la division sectaire de la ville. D’ailleurs, il a des camarades alaouites, et il dénombre 30.000 Alaouites à Tripoli, qui n’habitent pas nécessairement à Jabal Mohsen. Selon lui, Tripoli est différente de Beyrouth dans laquelle sont commis des massacres. Il évoque Tripoli le lundi 14 mars 1977, juste avant l’assassinat de Kamal Joumblatt (pour lequel il a d’ailleurs beaucoup d’estime) et l’occupation syrienne de Tripoli, ressentie comme un “viol continu”. Il évoque la disparition et l’assassinat de plusieurs de ses camarades et voisins. Lui-même a failli être assassiné. Selon lui, ce n’est pas une doctrine particulière qui est à l’origine de ces conflits mais une “philosophie de vie”. Dans ce contexte, tous les Tripolitains sont dans le même bateau, qu’ils soient communistes ou Frères musulmans (Ikhwan muslimin). Il y a bien une volonté de terroriser la population. Il évoque une réunion qu’il a tenue avec ses camarades et un courant islamique “acceptable” (le mouvement du Tawhid) pour parler de la division de la ville en deux, qui avait obtenu l’aval de Rachid Karamé : une partie aux mains d’une défense commune, ou “Forces communes”, l’autre aux mains des gendarmes. Selon Muqaddem, cette situation traduit une volonté de “réduire le pays en miettes”. Il s’interroge sur les intentions des soldats syriens, qui prétextent vouloir empêcher une invasion israélienne du Liban. Muqaddem se déclare en faveur du rétablissement de l’armée de l’Etat libanais. Le troisième interlocuteur rappelle que l’année précédente, les Libanais étaient favorables au rétablissement de l’armée mais que suite à l’échec du désarmement de Beyrouth-Est, ils se sont montrés plus méfiants. Muqaddem évoque les années 1969 et 1973 où, par deux fois, son bureau ont été occupés par l’armée libanaise suite à un soulèvement qu’il avait mené contre l’autorité libanaise. Il ne regrette d’ailleurs pas de s’être soulevé, puisqu’il estime qu’il le faisait pour la cause du pays. Il rappelle par ailleurs qu’il avait déjà proposé un plan prévoyant le désarmement de tout Tripoli, le retrait des troupes syriennes vers l’extérieur de Tripoli, le déploiement de l’armée à l’intérieur, le contrôle par l’armée libanaise de la route Beyrouth-Tripoli, et la mise en place d’un “front national” à Tripoli. Il raconte la fois où il a reçu Yasser Arafat (Abu ‘Ammar), Mohsen Ibrahim et Mohamed Ghanem : il leur a alors exprimé sa passion pour son pays, qui l’a poussé à quitter Paris en 1967. Il évoque ses relations avec l’ancienne Résistance populaire et le mouvement Tawhid de Khalil ‘Akkawi et de Saïd Chaaban. A partir de la minute 20:31, on entend des tirs d’obus, puis un appel à la prière ; les interlocuteurs commentent l’étrangeté de cette situation. Muqaddem évoque ensuite plusieurs fêtes nationales libanaises : une le 22 novembre 1976 à Paris, une en 1979 à Tripoli, à l’occasion de laquelle, selon lui, “toute la ville s’est réveillée”, brisant ainsi le mur de la peur. De même, les 22 novembre 1981 et 1982, les filles tripolitaines sont sorties danser dans les rues pour fêter l’Indépendance. Les interlocuteurs abordent aussi la question de la torture. Muqaddem souligne l’importance de ne pas distinguer les tortionnaires selon leur nationalité. Lui-même a subi la torture en prison de la part de l’Etat libanais, lorsqu’il avait été amené à Beyrouth en 1973 suite à son soulèvement. L’occupation syrienne est selon lui particulièrement cruelle. Malgré tout, Muqaddem se dit optimiste. Il a conscience d’être confronté à de graves problèmes, mais pense qu’ils peuvent être résolus. Pour lui, cela nécessite avant tout la souveraineté libanaise, d’où la nécessité de lutter contre l’occupant syrien, quel qu’en soit le prix. Il rappelle toutefois que leurs moyens sont limités. Ils évoquent aussi la politique d’isolation dont est victime le mouvement du 24 Octobre. Michel Seurat aborde ensuite l’hypothèse d’un “processus de contamination”, d’extension de l’explosion du Liban aux autres pays de la région. Muqaddem considère cela comme un retour au Moyen-Age, régi par des divisions confessionnelles qu’il rejette. D’ailleurs, il évoque le jour de l’assassinat de Bachir Gemayel : il en a pleuré, car bien qu’il combattait contre lui, il savait que c’était le seul capable de défendre le Liban. Plus qu’un combattant contre un parti en particulier, Muqaddem se considère, selon les mots de Michel Seurat, comme un “combattant contre l’oppression”. A partir de la minute 42:48, l’entretien continue en arabe. Muqaddem évoque la guerre de 1967 (guerre des Six jours) et la relation des Libanais avec la cause palestinienne.
Ancienne cote : F2961
Sujet : Liban -- 1975-1990 (Guerre civile)
Parti communiste libanais
Sunnites
Alaouites
Pluralisme religieux
Beyrouth (Liban)
Ǧunbulāṭ, Kamāl (1917-1977)
Occupation militaire
Liban. Armée libanaise
Désarmement
Arafat, Yasser Abu Ammar (1929-2004)
Bombardement
Adhān
Fêtes nationales
Torture
Souveraineté
Assassinat
Gémayel, Bachir (1947-1982)
Résistance politique
Guerre israélo-arabe (1967)
Conflit israélo-arabe
Prisons -- Liban
Prisonniers politiques
Islamisme
Palestiniens
Religion et politique
Tripoli (Liban) -- Jabal Mohsen
Tripoli (Liban) -- Bab el-Tabbaneh
Lieu de production : Tripoli (Liban)

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