Calames

MMSH-PH-3245 Entretien de Michel Seurat auprès de Khalil ‘Akkawi et d’un autre acteur de la Résistance populaire de Tripoli en octobre 1981

Date : 1981-10-03 et 04
Langue : arabe
Description physique : 2 micro-cass. 4h 12 min.
Description : Michel Seurat s’entretient avec Khalil ‘Akkawi et un autre autre homme, qui n’est pas identifié. Ce dernier évoque Abu Ammar et le Fatah, ainsi que Abu Saleh (Abdelfattah Abu Amsha), un homme ayant des relations avec l’Union soviétique. Les interlocuteurs parlent des relations entre Abu Saleh, Abu Ammar et Khalil. Ils évoquent aussi la position des Syriens. Selon Khalil, ces derniers essaient de faire du chantage au Fatah qui joue un rôle important à Bab al-Tebbaneh. Khalil parle au nom de la résistance (populaire) et expose ses revendications. Il évoque la présence de soldats syriens déserteurs qui trouvent refuge à Bab al-Tebbaneh. Il reconnaît la présence de Frères musulmans, mais selon lui, ceux-ci n’ont pas de relation avec le milieu politique libanais. L’informateur non identifié évoque Abu Ammar qui demande à ce que les forces de Karamé se rendent à Tripoli sous la direction de Abu Hajem (Ghazi ‘Atallah). Pour l’informateur, la présence-même de Abu Hajem à Tripoli est une provocation. Par ailleurs, Tripoli est présenté comme étant le seul endroit au Liban où la résistance palestinienne puisse évoluer sans rencontrer d’opposition, où il existe une certaine empathie envers les Palestiniens. L’informateur évoque également une bataille qui a eu lieu récemment et qui s’est soldée par une victoire pour la Résistance populaire : c’était la première fois que les Syriens rencontraient une opposition populaire armée qu’ils ne pouvaient mettre sur le compte ni des Israéliens ni des Kataëb. De même, c’était, selon lui, la première fois que Bab al-Tebbaneh proposait une force tripolitaine autre que celle de Karamé. Il dénombre quatre forces à Tripoli : Karamé et le Fatah (qui ne s’occupent que de leurs intérêts propres), les Syriens (force ennemie) et la Résistance populaire. Celle-ci doit, selon lui, adopter une tactique politique et préciser ses relations avec la cause palestinienne. Khalil revient sur l’histoire de la Résistance populaire à Bab al-Tebbaneh. Dans les années 1960, il s’y trouvait environ 60.000 habitants, avec une certaine influence du nassérisme. Bab al-Tebbaneh était alors considéré comme le quartier pauvre de Tripoli, mais il n’y avait pas de structure politique au sein de laquelle les habitants pouvaient dénoncer leurs conditions de vie. Dans ce contexte, Ali (‘Akkawi – le frère de Khalil) devient un symbole. D’origine palestinienne, ouvrier, ce dernier avait complètement adopté l’idéologie d’Abdel Nasser. C’est ainsi qu’il s’est rapproché du Mouvement nationaliste arabe. Michel Seurat évoque la crise de 1958, à laquelle Ali, beaucoup trop jeune, n’avait pas participé. Khalil raconte qu’à 17 ans, Ali avait provoqué un soulèvement de jeunes gens contre un représentant local du Baath, Abdel Majid al-Rafi’i. Ceci lui a valu trois ans de prison. A sa sortie, il est doté d’une aura de héros dans le quartier, et il réussit à rallier les jeunes à la cause nassérienne. Il évoque la crise de 1967 et ses conséquences sur la résistance palestinienne. La résistance est présentée comme une continuation du Mouvement nationaliste arabe. Khalil raconte qu’à cette époque, les hommes politiques libanais commencent à se remettre en question, car la cause palestinienne prend une dimension populaire alors qu’elle était auparavant un instrument au service des chefs traditionnels comme Rachid Karamé. Après une heure et trois minutes d’enregistrement, les propos de Khalil deviennent plus difficilement compréhensibles. Khalil évoque “l’Organisation de la colère” (munazzama al-ghadab) mise en place par Ali. Sont aussi évoqués le mouvement des paysans du ‘Akkar et la question de la Qadisha (nom de la compagnie d’électricité). Ali veut en fait rassembler la cause sociale, le mouvement des paysans (fellahin) du ‘Akkar et la cause palestinienne. Plusieurs de ses camarades (les shebab) sont arrêtés. Selon Khalil, il y avait à Tripoli, et tout particulièrement à Bab al-Tebbaneh, une sympathie des habitants envers le mouvement lancé par Ali. Au début des années 1970, le mouvement porté par Ali continue. A cette période a lieu une grande campagne pour les élections (probablement les élections générale d’avril 1972). Certains militants cherchent de nouvelles formes de lutte, tandis que le mouvement des Fellahin du ‘Akkar subit la répression. Un groupe de professeurs s’introduit dans le mouvement de Bab el-Tebbaneh. Ceux-ci cherchent apparemment plutôt à lui donner un cachet “légal” (shar’i), mais selon Khalil, la particularité du mouvement est de se trouver en dehors du cadre des dirigeants (zaïm-s) traditionnels. Khalil évoque aussi une manifestation le 6 février (1972), durant laquelle il y a d’ailleurs eu des blessés. A partir de ce moment se met en place une “Résistance populaire” ; le mouvement prend une forme plus organisée. Les interlocuteurs abordent ensuite la question de la guerre civile. Khalil évoque la violence et la perte de plusieurs “shebab” dans les premières années de la guerre civile. Par ailleurs, Khalil évoque aussi la politique du Mouvement national (libanais), notamment la publication de son communiqué, et s’interroge sur son programme. Michel Seurat interroge sur la “logique” syrienne dans le conflit. Selon Khalil, on ne peut parler d’une réelle “logique”. On peut en tout cas voir une volonté de sujétion de Tripoli. Il présente la Résistance populaire comme l’élément armé, “militaire”, de Tripoli. Par ailleurs, d’un point de vue politique, son groupe ne se situe pas en dehors du Mouvement national (libanais). Toutefois, il s’oppose à la position du Mouvement national vis-à-vis de la présence syrienne. Il évoque la riposte violente de la part des Syriens sur le quartier dès qu’un des leurs se fait tuer, que le coupable soit ou non du quartier d’ailleurs… Les interlocuteurs abordent aussi la question du sectarisme. Selon Khalil, on peut considérer qu’à Bab el-Tebbaneh, le conflit n’est pas sectaire. Pour lui, Chiites et Sunnites sont liés. Il ne s’attarde cependant pas sur la place des Chrétiens, malgré la demande de précision de Michel Seurat. Khalil évoque la position des Syriens vis-à-vis du Fatah. Pour lui, leur tactique actuelle est la provocation du parti palestinien, qui aboutirait à une déstabilisation du quartier et de la Résistance populaire. Il évoque à cet égard son entrevue avec Abu Ammar à Beyrouth. Khalil parle aussi de l’orientation politique de la Résistance populaire. Toutefois, il insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas ici du champ de la politique “officielle”. Les interlocuteurs évoquent Rachid Karamé et son rôle dans Tripoli sous occupation syrienne, ainsi que la possibilité d’un retrait des Syriens de la ville. Michel Seurat interroge Khalil sur son avis quant à l’issue de la crise. Il marque une différence entre Beyrouth et Tripoli dans la gestion du conflit. Michel Seurat évoque la question de l’opposition en Syrie, en distinguant l’opposition religieuse de l’opposition politique, dont Riyad al-Turk. Khalil dit ne pas avoir de relation avec l’opposition syrienne, même s’il trouve cela regrettable. Par ailleurs, les interlocuteurs reconnaissent la puissance du courant religieux en Syrie. Khalil raconte ensuite la mise en place à Tripoli du Mouvement des jeunes alaouites (harakat al-Shebab al-’alawiyyin) mené par Ali ‘Id. Les interlocuteurs évoquent les relations entre ce mouvement et le régime syrien, ainsi que le rôle qu’a pu jouer le parti des Kataëb (et notamment Suleiman Frangieh) dans le renforcement de la présence alaouite à Tripoli (Khalil estime qu’ils sont désormais 30.000 Alaouites dans la ville). A cet égard, Khalil souligne le fait que, avant Ali ‘Id, les Alaouites ne disposaient d’aucune représentation politique à Tripoli. Selon Michel Seurat, Suleiman Frangieh instrumentalise le mouvement de Ali ‘Id pour entraver l’influence de Rachid Karamé à Tripoli. Khalil, quant à lui, n’adhère pas totalement à ce point de vue. Concernant les ambitions syriennes sur Tripoli, l’informateur non identifié avance que même si les Syriens ont la capacité militaire de rentrer dans Tripoli, ils devront toujours faire face à une opposition populaire armée. Par ailleurs, selon l’informateur, la Syrie ne dispose d’aucun projet politique précis outre la “sécurisation du Liban”. L’informateur insiste sur la nécessité de s’inscrire dans l’histoire de Tripoli avant de prétendre en être une force représentatrice. C’est ainsi que la Résistance populaire a pu devenir une vraie force politique. L’informateur évoque aussi la création de “comités de cheikhs”, à Tripoli et à Beyrouth. Différents interlocuteurs participent désormais à la conversation quand celle-ci aborde la question d’un bayan (communiqué). Les avis divergent quant à la position à adopter vis-à-vis de celui-ci. L’informateur précité craint que le communiqué en question ne renforce Abu Ammar. L’enregistrement est interrompu avant que l’entretien ne soit terminé.
Ancienne cote : F2963 et F2964
Sujet : Arafat, Yasser Abu Ammar (1929-2004)
Al Fath
URSS
Déserteurs
Ǧamāʿaẗ al-Iẖwān al-muslimīn
Conflit israélo-arabe
Palestiniens
Révolte
Phalanges libanaises
Pauvres en milieu urbain
ʿAbd al-Nāṣir, Ǧamāl (1918-1970)
Nationalisme -- Pays arabes
Liban -- 1958 (Guerre civile)
Parti Baas
Prisons -- Liban
Guerre israélo-arabe (1967)
Akkar (Liban)
Conflits sociaux
Agriculteurs -- Activité politique
Arrestation
Répression politique
Enseignants
Tripoli (Liban) -- Bab el-Tabbaneh
Manifestations
Pluralisme religieux -- Aspect politique
Beyrouth (Liban)
Opposition (science politique)
Alaouites
Comités
Idées politiques
Liban -- 1975-1990 (Guerre civile)
Religion et politique
Lieu de production : Tripoli (Liban)

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