Calames

MMSH-PH-3259 Entretien par Michel Seurat et d'autres intervenants auprès de Hussein Husseini à propos de la communauté chiite et du conflit civil libanais

Date : 1980
Langue : arabe
Description physique : 2 cass. 1h 38 min.
Description : Michel Seurat s’entretient avec Hussein Husseini sur le confessionnalisme politique et sur la place de la communauté chiite au Liban. D’autres intervenants posent parfois des questions. Selon Husseini, la communauté chiite n’a pas, contrairement aux autres communautés au Liban, de “stratégie politique” qui lui soit propre. Il revient à cet égard sur le caractère fondamentalement sectaire du système politique libanais. Il exprime ici son souhait de voir apparaître au Liban une “stratégie” qui exprime les intérêts du peuple, dépassant les spécificités confessionnelles. Il rappelle que ce confessionnalisme politique a été mis en place en 1860 suite aux massacres qui avaient été commis entre Maronites et Druzes. Ceci représente pour lui le début de l’influence des puissances internationales qui s’étaient alors attribuées chacune une communauté à protéger. Husseini raconte que dans ce contexte, la communauté chiite avait été marginalisée. Il évoque ensuite l’influence des bouleversements internationaux sur la construction politique libanaise, en particulier la Conférence de la paix à Paris en 1919 et l’effondrement de l’empire ottoman. Selon lui, les revendications des Maronites avant 1919 étaient des revendications progressistes, se positionnant pour la création d’une entité proprement libanaise, au sein de laquelle l’égalité entre les différentes communautés seraient assurées, tandis qu’après 1919, leurs revendications se sont transformées et ont été traduites par un discours profondément sectaire. Quant aux Chiites, selon Husseini, ils ont de leur côté toujours demandé la suppression du confessionnalisme politique. Il évoque le processus qui a fait que certaines régions du Liban concentrent désormais plus de misère et de pauvreté que d’autres. Pour lui, la volonté de voir cette misère disparaître et la recherche de l’égalité entre les communautés ne constitue pas une revendication exclusivement chiite, puisqu’on trouve en effet des régions déshéritées habitées par d’autres communautés. Il cite l’exemple de Baalbeck où les Maronites côtoient les Chiites. Michel Seurat demande comment cela se fait qu’il y ait des “régions chiites” au Liban. Husseini évoque la région du Sud, qui est vraiment ancrée dans l’esprit des Chiites du fait de la présence du mont Amel (Jabal Amel), lié à un concept religieux très important chez les Musulmans (en particulier chez les Chiites). Il cite aussi d’autres régions libanaises (Bekaa, Kesrouan, Bcharré, Byblos) dans lesquelles on trouvait auparavant une majorité chiite. Selon lui, même les familles maronites présentes aujourd’hui dans le Mont-Liban ont des origines chiites. Michel Seurat soulève ce qui lui semble être un paradoxe, à savoir la prétention d’un “non-sectarisme” chez les Chiites confrontée à la réalité d’une “pratique sectaire”. Selon Husseini, le mouvement dont il fait partie ne cherche pas à représenter une communauté (les Chiites) mais une classe (de “déshérités”), composée pour une grosse part de Chiites. Il espère que d’autres communautés vont rejoindre leur mouvement pour en finir avec cette majorité chiite. En fait, Husseini dit chercher à “protéger la voix de la majorité silencieuse”, qui ne jouit d’aucune représentation politique en dehors d’eux. Il évoque une réunion du Haut-conseil chiite libanais (fondé par Moussa Sadr) en septembre 1974 au sein de laquelle les membres ont consacré la ligne anti-sectarisme des Chiites, pour la suppression du confessionnalisme politique au Liban. Selon Husseini, une première étape consistant en la suppression des privilèges dont jouissent les grandes communautés et en la représentation politique de toutes les confessions permettra à terme d’en finir avec le confessionnalisme politique. En ce qui concerne les revendications similaires proclamées par quelques forces chrétiennes, Husseini considère qu’il ne s’agit là que d’un simple “slogan politique”. En effet, selon lui, cette prise de position est toujours accompagnée de l’idée de “pluralisme civilisationnel”, ce que Husseini rejette fermement, puisque cela implique que la “race” (‘arq) du Musulman est différente de celle du Chrétien. Il évoque à cet égard les différentes définitions de la notion de “nation” au Liban : pour les uns elle est arabe ou syrienne, pour les autres elle est libanaise ou phénicienne… Les interlocuteurs mentionnent aussi le Mouvement des déshérités fondé par Moussa Sadr en 1974, à très forte majorité chiite. Pour en finir avec le paradigme confessionnel au Liban, Husseini propose notamment d’harmoniser les programmes scolaires pour établir une définition de la patrie libanaise qui fasse consensus. Il évoque par ailleurs la présence d’une volonté de “balkanisation” du Levant, qu’il trouve totalement inappropriée puisque, contrairement à la situation dans les Balkans, les Chrétiens du Machrek n’ont ni région, ni langue, ni nation qui leur soient propres. Il revient ensuite sur le rôle qu’ont joué les Kataëb. Ces derniers s’étaient constitués pour réclamer l’indépendance libanaise. Leur revendication ayant été exaucée en 1943, il fallait, selon Husseini, qu’ils cessent alors leurs activités, mais au lieu de cela, ils ont créé “la peur” des différentes confessions entre elles. Or, pour Husseini, une telle peur est contraire à l’unité de la nation. Pour lui, un système parlementaire démocratique doit viser à faire disparaître cette peur chez les gens. Il évoque à cet égard la constitution libanaise de 1926 : selon lui, si elle avait été appliquée à l’époque, les événements n’auraient pas atteint une telle ampleur aujourd’hui. De même, en 1943, le communiqué ministériel du gouvernement de Riyad el-Solh se positionnait en faveur de la suppression du confessionnalisme politique, mais Husseini raconte que par la suite, en 1954, un relent sectaire s’est fait sentir lors du découpage des circonscriptions électorales sur des bases confessionnelles (il s'agit ici du découpage de 1952 appliqué dès les Législatives de 1953). Il prescrit donc la suppression des circonscriptions électorales pour sortir de la crise actuelle. Les interlocuteurs évoquent “l’identité libanaise du futur”. Pour Husseini, le Liban doit veiller à s’ancrer davantage dans son environnement arabe, tout en gardant ses particularités (notamment son ouverture sur l’Occident). La conversation tourne ensuite autour de la position dominante que semble occuper la communauté maronite sur l’économie libanaise. Pour Husseini, cette situation entraîne la concentration des investissements publics dans certaines régions au détriment des autres. Cela est dû au fait, selon lui, que l’Etat libanais n’est pas un Etat “d’institutions et de droit” mais un Etat “de personnes”, incapable de faire face aux problèmes sociaux. Husseini évoque aussi les bouleversements qui ont eu lieu récemment au sein de la société libanaise, allant un peu plus loin dans l’abandon de l’idée de patrie (watan). En effet, selon lui, chaque communauté a commencé à se transformer elle-même en “patrie”. En parlant au nom des Chiites et de son mouvement, il se positionne contre le fait qu’une croyance religieuse se transforme en “communauté" (“taïfa”). En effet, selon lui, leur croyance religieuse dépasse leur communauté, puisque le “sauveur” qu’ils attendent (al-Mahdi al-muntazar) viendra apporter l’égalité et la justice à tout le monde, et pas uniquement aux Chiites. Husseini évoque l’action de l’imam Moussa Sadr en mai 1978 et la constitution d’un “front” qui rassemblait tous les symboles nationaux et tous les partis désireux de travailler ensemble pour la mise en place d’une réelle “nation” libanaise. Il regrette que ce front n’ait pas réussi à faire cesser la relation entre le Front libanais et Israël. Pour lui, l’enlèvement en Libye de l’imam Moussa Sadr (qui constituait selon Husseini la force la plus à même de mettre fin au conflit civil libanais) traduit une volonté internationale de faire perdurer le conflit. Il considère en effet que le “non-système” (“al-lanizâm”) de Mu’ammar al-Qaddafi n’est qu’un instrument des services de renseignement américains. Husseini revient ensuite sur les origines du mouvement Amal, qui s’était constitué initialement autour de la figure de l’imam Sadr, en réaction à la pauvreté dont souffraient certaines régions, officiellement désignées comme les régions “déshéritées” (mahrûm) - d’où le nom initial de “mouvement des Déshérités”. Husseini raconte qu’en 1974 est apparue la nécessité pour les habitants du Sud-Liban de défendre eux-mêmes leur région, du fait de la carence de l’armée libanaise face aux agressions israéliennes. Amal est en fait l’acronyme “Afwâj al-Muqâwama al-Lubnâniyya” (les Brigades de la résistance libanaise). Husseini précise que le mouvement refuse d’employer la violence pour défendre des intérêts sociaux, contrairement à la défense du Sud-Liban, qui, elle, nécessite la prise des armes. L’entretien traite aussi de la question de l’organisation du mouvement. Par ailleurs, selon Husseini, Amal ne cherche pas à se placer en “intermédiaire” (wasta) entre le citoyen et l’Etat, comme peuvent le faire certains petits députés. En fait, Husseini considère que la source du pouvoir réside dans le peuple et non dans le Parlement, même s’il est très attaché à ce dernier en tant que “symbole légal” de l’unité du pays. La conversation porte ensuite sur les relations entre Amal et la cause palestinienne. Husseini soutient que la cause palestinienne est très importante pour le mouvement, mais que les deux choses ne doivent pas être confondues, ce qui est souvent le cas dans la région du Sud-Liban, puisque là en effet, les Libanais souffrent de l’occupation de leurs terres par Israël de la même façon que les Palestiniens. Il évoque aussi la relation “stratégique” du mouvement avec la Syrie, qu’il considère comme la force fondamentale pour faire face à Israël. Les interlocuteurs abordent ensuite la question des relations entre Amal et la révolution iranienne. Husseini avance que ces relations sont très étroites, du fait notamment que la plupart des chefs révolutionnaires ont vécu au Liban. Il revient sur la situation avant la révolution : l’Iran représentait alors la majorité de la communauté chiite (mondiale), mais en même temps, selon Husseini, le pays travaillait selon les intérêts d’Israël et contre ceux de la cause arabe. Il était donc dans l’intérêt des Chiites libanais que l’ancien régime du Shah tombe et que les relations entre l’Iran et Israël soient coupées. Pour autant, Husseini tient à préciser qu’il refuse catégoriquement que des combattants iraniens viennent les aider à défendre leur cause dans le sud. Par ailleurs, Husseini évoque le danger auxquels les militants de Amal sont exposés, du fait que leurs revendications ne sont pas du goût de tout le monde. Mais, selon lui, les militants sont de toute façon habitués au martyre (chahada), qui fait partie intégrante de leur histoire. Quant au rôle que devrait jouer l’Etat libanais pour la sortie du conflit, Husseini se déclare pour la mise en commun de toutes les forces pour sauver le pays et pour le renforcement de l’Etat.
Ancienne cote : F2978 et F2992
Sujet : Chiites
Liban -- 1975-1990 (Guerre civile)
Religion et politique
Liban -- 1860 (Conflit entre les Druzes et les Maronites)
Conférence de la paix (1919/1920 ; Paris). Secrétariat général
Maronites -- Liban
Pauvreté
Baalbek (Liban ; district)
Liban (sud)
Bekaa (Liban)
Kesrouan (Liban)
Jbaïl (Liban ; région)
Ṣadr, Mūsā Al- (1928-1978)
Phalanges libanaises
Qaḏḏāfī, Muʿammar al- (1942-2011)
Amal (Liban)
Liban. Armée libanaise
Liban (sud) -- 1978-2000 (Occupation israélienne)
Iran -- 1978-1979 (Révolution)
Martyrs musulmans
Sanctuaires chiites
Mouvements sociaux
Conflit israélo-arabe
Pluralisme religieux -- Aspect politique

Si vous voyez cette page, c'est probablement que vous utilisez un navigateur Web (ou une version) qui ne supporte par certaines normes Web.
Nous vous conseillons de mettre à jour votre navigateur ou de choisir un navigateur comme Firefox.
Si le problème persiste, merci de nous informer en indiquant le nom et la version de votre navigateur à : https://stp.abes.fr/node/3?origine=calames/