Calames

CNRS IHTP ARC 2014 Désobéir pendant la guerre d’Algérie

Description physique : 229 p. .
Description : L’introduction avec en sous-titre « Les mots en travers de la gorge » donne le ton à cette « autobiographie romancée » : « Le temps est venu d’écrire. Le temps est venu de témoigner. Nous sommes la génération du silence. Un silence pesant ». Si le grand intérêt de ce texte réside dans le témoignage de l’auteur sur ses 16 mois passés en Algérie, l’originalité du questionnement et de l’approche psychanalytique est à souligner. L’objet principal de son récit (220 pages) porte sur son expérience d’appelé pendant la guerre d’Algérie, mais elle s’inscrit dans une continuité temporelle : l’avant et l’après. Ces deux séquences occupent une place non négligeable dans l’ensemble du manuscrit. L’avant-guerre (une cinquantaine de page) est composé de deux volets. L’histoire familiale d’une part, né en 1939, dans une famille de tradition laïque et républicaine, de père communiste, ancien combattant de la guerre 1914–1918, profondément marqué par les horreurs de la guerre – sa petite enfance se déroule à Alençon pendant la Seconde Guerre mondiale – ses premiers souvenirs remontent à la période du débarquement de 1944, « j’avais cinq ans et la guerre venait d’entrer par effraction dans ma vie de garçonnet » ; la scolarité d’autre part, enfant très doué mais pour cette raison en décalage dans le système scolaire, il se trouvera entraîné dans la spirale de l’échec et quittera le collège en fin de troisième avec pour tout diplôme le certificat d’études. L’après-guerre (environ 40 pages) est d’abord marqué par le récit du retour douloureux à la vie « civilisée» et celui du poids du silence qui s’installe sur cette période, mais c’est aussi le moment d’une bifurcation dans sa trajectoire personnelle : d’abord un engagement politique d’une part, (il fonde en 1961 un réseau clandestin anti-OAS dans l’Orne dans lequel il mène plusieurs actions, il adhère au PSU en 1962 et devient en 1968, secrétaire de la Fédération PSU de l’Orne) et ensuite, une ouverture professionnelle (très concerné par l’écoute et l’accompagnement des anciens d’Algérie en perte de repères et de reconnaissance, il entamera des études, deviendra infirmier psychiatrique puis psychanalyste). Le récit « guerre d’Algérie » proprement dit est concentré sur 120 pages. Pendant les classes en métropole il est sélectionné pour passer les EOR (élèves officiers de réserve), mais refuse, pour ne pas être « broyé par la machine militaire ». Il est très vite en butte à des insultes, brimades et humiliations ; il passe de la neutralité à la défiance et au mépris à l’égard de l’armée. Il est affecté en Algérie en mai 1960, à Batna (Aurès) dans le corps GT 10 (régiment du train). Dès son arrivée, il est frappé par le peu d’effet de la soi-disant mission civilisatrice de la France dans les zones rurales. Il repère chez certains appelés une haine envers les « indigènes », rendus responsables de leurs maux en Algérie, voire une violence à connotation raciste perceptible dans le vocabulaire. Dans ses différents postes occupés, il est confronté aux actions habituelles de l’armée en Algérie et fait l’apprentissage de la peur, de l’horreur des attentats. Sa révolte personnelle et sa détermination à rester un « homme droit » l’amèneront à connaître les mutations disciplinaires, les périodes de « mitard », voire même de « travaux forcés ». Son appartenance à partir de juillet 1960, à un commando, situé entre Batna et Constantine, sera décisif dans ses prises de position. La tâche de celui-ci était de porter la contre-guérilla en territoire ennemi (patrouilles dans les djebels, encerclement des mechtas, bouclages, ratissages, embuscades...). Une équipe de quatre hommes (trois appelés et un sous-officier de carrière) « pratiquait systématiquement la torture sur tout Algérien arrêté, maquisard suspect, ou simple lambda. ». Il réalise alors que l’état physique lamentable de prisonniers algériens ne relevait pas de bavures accidentelles ou d’interrogatoires musclés qui auraient mal tourné, mais bien le fait d’une pratique volontaire et systématique de la torture. Secrétaire du commandant, il avait accès à certains dossiers et découvrit des documents officiels attestant que la torture était un moyen normal, légal de lutter contre les nationalistes algériens. Ces documents étaient les preuves de la généralisation de la torture en Algérie : « tout était prévu, organisé, planifié minutieusement ». La torture : « était le système de là-bas... de la guerre, de la sale guerre coloniale ». Se sentant investit d’une mission de lutte contre l’oubli, il prit le risque de les photographier. Il quitta l’Algérie le 15 août 1961, les pellicules dans ses bagages. Ces documents seront remis, à Pierre Vidal Naquet, en 1961, qui en exploitera une partie pour l’écriture de son livre « La raison d’État », publié aux éditions de Minuit en 1962.
Producteur du fonds ou collectionneur : Inrep, Jacques (1939-....)
Biographie ou Histoire : Jacques Inrep est né en 1939 à Paris, a été appelé pendant la guerre d’Algérie (mai 1960 – juillet 1961), il exerce actuellement la profession de psychanalyste.
Bibliographie :
Une version condensée, centrée uniquement sur la période la guerre et amputée des parties sur l’avant et l’après guerre, a été publiée à compte d’auteur : Soldat peut-être..., tortionnaire jamais !, éditions Scripta, Lanrodec, 2003
Producteur du fonds ou collectionneur : Inrep, Jacques (1939-....)
Sujet : Algérie
torture

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