Calames

MMSH-PH-5669 Un directeur de collègue fait le récit de ses origines et de son parcours scolaire, de son mariage et de sa vie familiale au Nord-Est de l’Algérie

Date : 1987
Langue : arabe
Description physique : 3 cassettes audio. Durée : 2h 3min.
Description : L’informateur qui approche la cinquantaine au moment de l’entretien a huit enfants. Il commence par préciser l’origine de son nom de famille et les régions d’où sont issus ses parents et ses grands-parents. Frères et cousins, à sa naissance, tous vivaient dans la dans la ferme [meshta] de ses grand-parents. La famille s’est séparée à ses 7 ans, à la mort de sa grand-mère, pour diverses raisons. Comme la France cherchait des volontaires pour gérer les biens des jeunes orphelins [muqaddam], son père s’est porté volontaire pour s’occuper de ses neveux et nièces et des orphelins de sa région dans la maison familiale. L'informateur raconte qu'à l’époque, son père employait l’expression ‘’on partage la fumée’’ [nagsmu dukhân] sur les revenus communs de l’année [roqa] obtenus des récoltes. Mon père en était responsable de la roqa que l’on nommait aussi dâr sbîl. Le partage des céréales se faisait immédiatement après la récolte, en présence de mon père, tandis que le partage des fruits restait secret entre les membres de la famille et s'effectuait la nuit. Comme mon père se déplaçait beaucoup, il a pu exercer le métier de katab khodja (secrétaire du caïd). Il a exercé cette profession depuis ses 30 ans jusqu’en 1958 et grâce à cela, l'informateur a pu faire des études. Il est entré à l’école française entre 1947 et 1948 et faisait partie de ceux que l’on appelait "les indigents". L’école était loin de la ferme, à plus de trente kilomètres. Toutes les semaines pendant trois ans, l'informateur et son père partaient à Beni Azziz, l'un allant à l'école et l'autre travaillant comme secrétaire du caïd. Ils ont cherché à se rapprocher, et, en 1961, son père s’est retiré de la ferme. Il a pu faire ses études à Sétif, où il a étudié les sciences islamiques. L’année de ses 18 ans, l’Algérie est devenue indépendante. Il a enseigné l’arabe et, par la suite, a bénéficié d'un logement. Après l’indépendance, son père ne pouvant plus travailler comme secrétaire, puisqu’il n'y avait plus de caïd, s’est reconverti et est devenu tailleur à la tâche (50% sur chaque produit). L'informateur raconte avoir ainsi appris la couture avec son père. A la demande de l'enquêteur, il revient sur son parcours scolaire. Il explique que son père pour se faire comprendre en français devait payer quelqu’un, aussi s'était-il juré que son fils recevrait un enseignement dans cette langue. Toutefois, il explique que s'il était étais bon en arabe, il a rencontré des difficultés pour le français. En tant qu'enseignant, sa carrière a suivi un cursus progressif : d’abord moniteur, puis instructeur, puis directeur d’école. Pour cela, il a dû suivre une formation pour une mise à niveau à Constantine. Par la suite, il a obtenu une licence en droit mais a préféré revenir à l’enseignement pour un poste de directeur de collège. Interrogé sur le choix de son épouse, il explique qu’il souhaitait que sa femme soit instruite et ait un emploi, mais sa mère voulait le marier avec une cousine et son père, s’il n’était pas contre l’instruction, était opposé à ce qu’elle travaille. Il revient sur le coût de son mariage et sur la fête, les cadeaux offerts à la mariée, l’accueil de la belle-famille, et fait récit de sa nuit de noce. Il explique le calcul des familles du cycle menstruel de la mariée en lien avec la date du mariage. Il revient sur ses cadeaux, qu'il a directement fait lors du mariage. Le premier est placé dans un mouchoir [maharmâ] rempli de confiseries qui seront offertes à la mariée, à sa famille et aux convives. Le second est constitué de parfums qui sont offerts à sa femme, à la famille de la mariée le jour de leur départ et un troisième pour les invités qui se parfument à leur convenance. Le troisième est une alliance. Le quatrième est constitué de deux sortes de vêtements : un vêtement de nuit et une tenue pour sortir. Il avait déjà 27 ans et avait beaucoup parlé avec ses amis de leur expérience. A propos des images de sorcellerie, le témoin insiste sur le fait qu’il y a plutôt une crainte de cette nuit de noce, suite à de mauvais conseils. Ils ont beaucoup discuté cette nuit-là et ils ont surmonté cette épreuve qui est la nuit de noce ; cela leur a permis de vivre en harmonie et de garder un souvenir agréable du moment. Il travaille beaucoup et considère négliger sa famille ; il se repose entièrement sur son épouse à qui il donne l’entièreté de sa paie chaque mois, c’est elle qui organise le budget de la famille. La confiance est entière. Elle a fait le choix de porter un foulard (et se couvre le visage à Sétif) et de ne pas s’habiller à l’européenne. Il explique qu'ils épargnent petit à petit sur un compte épargne et qu'ils ont acheté à leur fille aînée une ceinture en or, et qu'ils prévoient des cadeaux pour les autres. A la demande de l'enquêteur, il revient sur la période où ses parents vivaient avec eux (treize ans) et sur les décisions des naissances. Il a proposé à sa femme la contraception mais elle a refusé pour raison religieuse, alors il a été vigilant sur les périodes de cycle menstruel. Il revient sur l’éducation des enfants, sa participation au suivi scolaire, pousse ses filles à travailler comme ses garçons. Ils partent en vacances, même s’ils sont dix en tout, et sont allés en Tunisie, au Maroc et en France en 1974 en camping. Ses enfants jouent de la musique, ont des activités sportives scolaires et reçoivent des amis à la maison. La seule enfant à qui ils fêtent l’anniversaire est leur fille car il n’avaient que des garçons et sa naissance les a enchantés. Il termine l’entretien sur ses activités culturelles, politiques, sportives, militantes, en particulier pour le scoutisme.
Ancienne cote : F4222, F4223
Sujet : Famille -- Dimension
Pauvres en milieu rural
Récolte
Éducation coloniale
Stif (Algérie)
Don de cadeaux
Costume musulman
Cycle menstruel
Gâteaux d'anniversaire

Rappels sur les conditions d'accès et d'utilisation des documents : Les enregistrements sonores peuvent être écoutés sur place, à la phonothèque de la MMSH à Aix-en-Provence sous réserve des autorisations accordées par les enquêteurs. Pour chaque corpus sonore, les règles d'utilisation et de diffusion sont particulières, en fonction des règles juridiques et éthiques qui auront été spécifiés par les informateurs et les enquêteurs. Cet inventaire reprend parfois des informations personnelles. Conformément à la loi n°78-17 "Informatique et Libertés", vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant en ligne sur ce site.
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