Ces divers volumes sont en général autographes : il y a beaucoup de copies et de brouillons corrigés par la reine. Il y a d'immenses lacunes, et l'on paraît avoir enlevé depuis longtemps un grand nombre de pièces qui devaient se trouver dans ce recueil ; entre autres ce qui était relatif à Monaldeschi, ainsi que la correspondance que la reine Christine entretenait avec les savants français (Pascal et Descartes en particulier), et dont nous n'avons trouvé aucune trace ici. Toutes ces pièces sont postérieures à l'abdication ; plusieurs des plus importantes ont été insérées par Archenholtz dans ses Mémoires sur la reine Christine (Amsterdam, 1751-1759, 4 volumes in-4o). Dans ces divers écrits, Christine fait preuve d'esprit et de connaissances : les corrections autographes qu'elle a placées en marge des projets de lettres rédigés par son secrétaire prouvent qu'elle savait bien le français, le latin et l'italien. Elle se passionnait pour la gloire et montrait une extrême fierté. On sait comment elle reçut la nouvelle que le pape lui retirait la pension de 12,000 écus par an qu'il lui faisait. Elle voulut que le comte d'Albert, son secrétaire d'ambassade, allât remercier publiquement le cardinal Cibo pour l'honneur qu'on lui faisait, et écrivit en même temps au cardinal Azzolino une lettre remplie des sentiments les plus hautains. Ce compliment et cette lettre sont connus ; ils ont été publiés par Archenholtz. Les originaux se trouvent dans le VIIe volume de cette collection. Il faut parcourir ces manuscrits pour bien se pénétrer de la vigueur d'esprit et de l'indépendance de caractère de cette femme extraordinaire. Ses jugements sur la cour de Rome, sur le pape, sur la révocation de l'édit de Nantes, sont remplis de justesse et de force. Ses remarques sont vives et incisives : il suffira, à ce sujet, de citer ses notes à la marge d'une Vie du grand Gustave qui se trouve par extraits dans le tome XII de ces manuscrits. La reine s'y montre fort animée contre Louis XIV, qu'elle détestait. L'auteur l'avait appelé Louis le Grand: elle a mis Louis, dit par les sots le Grand. Dans un autre endroit où l'auteur avait dit, « Il (Gustave) estoit hazardeux quelquefois sans nécessité, » elle a ajouté : « Cela est vray ; c'est qu'il n'estoit pas si poltron que Louis XIV, qui veut passer pour grand. » Dans le détail que nous avons donné des principales pièces contenues dans chaque volume, nous avons suivi les notes originales, qui sont tantôt en français, tantôt en latin.