Calames

CM Fonds Claude Meillassoux

Date : 1904-2004
Description physique : 151 boîtes. 15,2 mètres linéaires.

Organisme responsable
Bibliothèque de recherches africaines
9, rue Malher
75004 Paris
Site de l'IMAF

Description :
Ce fonds rassemble les documents relatifs au travail de Claude Meillassoux, des années 1950 aux années 2000. Ses archives ont été regroupées en grandes parties thématiques qui témoignent de son activité de chercheur anthropologue africaniste.
Les archives de Claude Meillassoux, à l’image de nombreux fonds de chercheurs, sont constituées à la fois de documents de travail (archives de terrain, publications, ensemble de notes manuscrites, correspondance etc.) mais aussi d’une riche documentation accumulée tout au long de sa carrière. A cela s’ajoutent les archives relatives aux fonctions qu’il a exercées en tant que chercheur puis directeur de recherche au CNRS.
Les archives de Claude Meillassoux contiennent :
- Des documents à caractère biographique : dossiers relatant son parcours universitaire, dossiers de carrière, vie associative, …
- De la correspondance : majoritairement scientifique, mais quelques courriers personnels peuvent être retrouvés dans cette catégorie
- Des archives relatives aux missions sur le terrain qu’il a effectuées tout au long de sa carrière, en particulier au Mali et au Sénégal. Le fonds détaille ainsi 10 missions de terrain allant de 1958 à 1975. Chaque mission comporte généralement la même organisation documentaire : des documents relatifs à l'organisation de la mission (projets, comptabilité, ordres de mission, correspondance), des journaux tenus au quotidien et faisant état de ses activités au jour le jour, des documents graphiques (cartes, plans, schémas, croquis), des photographies (pellicules, diapositives, épreuves), des enregistrements sonores (cassettes audio, bandes magnétiques) et de la documentation accumulée sur place. Enfin, la partie mission va comporter un grand ensemble de carnets de terrain, contenant des notes manuscrites. Une moitié va être organisée par Claude Meillassoux selon un système de lettres (exemple: carnets EA à EZ), ces carnets ont une logique chronologique et rassemblent des notes diverses; l'autre moitié regroupe des carnets classés thématiquement par Claude Meillassoux (clans, villages, économie, etc ...). Dans les deux cas, le classement initial du producteur a été respecté.
- Des archives se rapportant à ses recherches et aux relations scientifiques qu’il a maintenu tout au long de sa vie : dossiers nominatifs de chercheurs dont il a suivi les travaux ou avec qui il a entretenu une correspondance, dossiers thématiques de recherches sur l’Afrique, documentation scientifique, presse et autres documents iconographiques.
- Les dossiers de travail de la quasi-totalité de ses publications (de ses deux thèses Anthropologie économique des Gouro de Côte d'Ivoire : de l'économie de subsistance à l'agriculture commerciale (1962), Femmes, greniers et capitaux (1975) aux articles publiés dans des revues diverses et autres contributions à des ouvrages scientifiques). Les dossiers sont globalement organisés de la même manière; on y retrouve les exemplaires finaux des publications, les multiples brouillons et dactylographies de travail et de la correspondance.
Classement :
Entré à la Bibliothèque de Recherches Africaines en 2005, le fonds d'archives de Claude Meillassoux n’a commencé à être traité qu’en 2008, lorsqu’une première étudiante stagiaire du master de l’Ecole nationale des Chartres a travaillé sur une des missions du fonds. Par la suite deux autres étudiantes ont travaillé sur le classement du fonds jusqu’en 2010. Le choix retenu a été de se focaliser de prime abord sur les documents provenant des différentes missions effectuées en Afrique par Claude Meillassoux (1958-1975). Ainsi, en 2008, Solène Michon a établi un premier plan de classement provisoire et relativement sommaire qui reflétait les principales activités du producteur. Elle a également classé et inventorié les documents concernant une mission de Claude Meillassoux, celle qu’il a effectué en Côte d'Ivoire en 1958-1959. En 2009, Marine Lévêque s'est chargée du récolement intégral du fonds, soit alors une centaine de cartons, mais aussi du classement de deux missions de l'anthropologue au Mali. L'inventaire a été saisi dans un fichier au format XML*-EAD* qui respecte les normes archivistiques en vigueur. Naomi Russo a repris la suite de ce travail en 2010. Elle s’est concentrée sur la poursuite du travail de classement des missions de Claude Meillassoux et a également mis en place un premier inventaire en faisant état. Le plan de classement restait alors sommaire, seule la partie concernant les missions étant détaillée précisément, le reste n'étant identifié qu'au niveau de la série (Documents biographiques, Correspondance, Administration de la recherche, Missions, Dossiers et documents de travail, Travaux et publications, Bibliothèque).
En février 2018, l’objectif était de finaliser le travail de classement qui jusqu’alors n’avait concerné que les archives relatives aux missions en Afrique de Claude Meillassoux, de reconditionner l’intégralité du fonds, de reprendre l’inventaire existant qui de la même manière ne concernait que les missions et de le mettre à jour pour une indexation complète et une publication sur Calames, le catalogue en ligne des archives et des manuscrits de l'enseignement supérieur.
Le travail de classement a débuté par une reprise complète des analyses décrivant le fonds. Marine Levêque avait déjà établi en 2009 un premier tableau de récolement qui décrivait les 101 cartons constituant alors le fonds. La description se limitait alors généralement au dossier, et il a été décidé de reprendre intégralement les analyses afin de respecter les normes de description archivistique et pour apporter une description plus précise des archives. Seules les analyses concernant les missions ont été peu reprises, car déjà complètes et justes.
Parallèlement à ce travail de description, un nouveau plan de classement a été établi. Il a été établi en fonction du système de classement originel du producteur mais aussi en fonction de classements de fonds d'archives similaires précédemment effectué. Claude Meillassoux organisait déjà ses archives en fonction de ses besoins. Il possédait son propre système de cotation qui lui permettait d’identifier ses documents. Ce système a été majoritairement utilisé pour ses carnets de terrain et ses carnets de notes, mais aussi pour les photographies ou les enregistrements sonores. Les documents concernés possèdent ainsi une cote, formée d’une lettre associées à des chiffres.
Le premier niveau du nouveau plan de classement concerne la formation et la carrière de Claude Meillassoux. On va y trouver quelques documents relatifs à son parcours universitaire, mais également d'autres retraçant l'intégralité de son activité professionnelle comme des dossiers de carrière et des curriculum vitae. Cette première partie va concentrer majoritairement les documents concernant ses activités en tant que chercheur au sein du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS). Membres de différents groupes et équipes de recherche, puis responsable et directeur de certains, il a accumulé une importante documentation d'ordre administratif retraçant tout ce parcours. En tant que chercheur, Claude Meillassoux a également été amené à participer à de nombreux rassemblements scientifiques (colloques, conférences, congrès, etc... ), il conservait alors dans des dossiers spécifiques les travaux proposés pour ceux-ci ainsi que toute documentation rassemblée au cours de ces événements. Enfin, bien qu'il n'ait jamais été professeur, Claude Meillassoux a encadré quelques étudiants au cours de sa carrière et a conservé leurs travaux ainsi que la correspondance échangé avec eux.
La correspondance a bénéficié de différents types de classement, tous établis par Claude Meillassoux lui-même. On retrouve un premier classement alphabétique; ici les échanges avec le ou la correspondante ont été relativement brefs et le producteur n'a donc jamais créé de dossier spécifique concernant la personne. Tous les correspondants ont été identifiés. Dans un deuxième classement, Claude Meillassoux a regroupé sa correspondance selon des zones géographiques, les courriers sont ici strictement scientifiques et professionnels et concernent en grande majorité des centres de recherches et des chercheurs. Le dernier regroupement est chronologique; une partie de la correspondance était ainsi simplement rassemblée par années par Claude Meillassoux. Si des lettres pouvaient être rapprochées à un dossier nominatif de chercheur, cela a été fait, autrement le reste a été laissé tel quel. Des courriers d'ordre personnel peuvent se trouver dans cet ensemble.
Les missions de terrain ont été classées par ordre chronologique. On distingue ainsi 10 sous ensembles correspondant aux 10 missions sur terrain qu'il a effectué de 1958 à 1975. L'organisation des sous-parties, choisie par Marine Lévêque et Naomi Russo a été conservée; ainsi chaque mission est détaillée (le cas échéant) de la sorte : documents administratifs de la mission, journaux de mission, cartes, plans et graphiques, photographies, enregistrements sonores, films et documents collectés lors de la mission. Cette partie contient ensuite des carnets de terrain indexés par Claude Meillassoux de AC à FZ et contenant des notes manuscrites prises au jour le jour sur le terrain. On y retrouve entre autres les retranscriptions d'entretiens passés avec des villageois rencontrés. Le classement du producteur a été préservé et ces carnets sont a distingués de l'ensemble suivant « Notes de terrain classées par thèmes » qui contient, quant à lui, des notes rassemblées, après missions, par thèmes. Originellement rangées dans des carnets à pinces, ces notes sont les originaux des carnets de terrain, que Claude Meillassoux a extrait pour former des ensembles thématiques. Ainsi, les carnets de terrain (AC à FZ) sont constitués essentiellement des copies carbones de ces originaux.
Les archives relatives à ses publications ont été rassemblées par types de publication : thèses, ouvrages, ouvrages collectifs, articles de revues, communications, comptes-rendus d'ouvrages et autres tirés-à-part et travaux inachevés.
Claude Meillassoux avait accumulé au cours de sa carrière une impressionnante quantité de productions scientifiques qui lui servait de documentation de travail. Il s'agit de thèses et mémoires, d'articles et d'études, de rapports de recherches et autres tirés-à-part sur des sujets très variés. Un échantillonnage a été effectué mais la grande majorité a été extraite du fonds. L'essentiel de ses dossiers de recherches (nominatifs ou thématiques) a été conservé tel quel.
Enfin Claude Meillassoux ayant beaucoup voyagé tout au long de sa vie, le fonds contient des photographies, sous la forme de diapositives, ainsi que de la documentation touristique ramenée de ces déplacements.
Lors du classement, les doublons ont été éliminés.
L'ensemble du fonds a été reconditionné en 151 boîtes (dont 13 hors format, c'est-à-dire, 3 boîtes pour les tirages photographiques et 10 boîtes pour les diapositives, négatifs et planches contact), pour un métrage linéaire total de 15,2 mètres et a fait l'objet d'une nouvelle cotation à l'article.
Producteur du fonds ou collectionneur : Claude Meillassoux
Biographie ou Histoire :
Né le 26 décembre 1925 à Roubaix. Décédé le 2 janvier 2005. Anthropologue africaniste, chercheur au CNRS, intellectuel engagé.
Claude Meillassoux a marqué plusieurs générations de chercheurs et il a été l'un des anthropologues qui a contribué à la refonte des sciences sociales sur l’Afrique.
Un économiste de formation
Originaire d'une des plus importantes familles de l'industrie du textile , il obtient en 1948 un diplôme de l'Institut d'Études Politiques de Paris (section Économie), ainsi qu'un baccalauréat en droit à la Faculté de droit de Paris. Envoyé par son père aux États-Unis, il obtient un Master of Arts in Economics à l’ Université du Michigan en 1950 puis devient administrateur dans les services du Plan Marshall avant de travailler avec des experts économiques américains et d’être finalement embauché chez Dorland, une société de marketing et de publicité des Champs-Élysées à Paris. Son opposition de plus en plus forte à son milieu social et professionnel le conduit à se rapprocher des militants de gauche en marge du Parti Communiste et de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) dont il condamne la position vis à vis de la situation coloniale. Il fréquente un petit parti neutraliste, le Centre d'action des gauches indépendantes (CAGI), où il rencontre notamment Pierre Naville, Daniel Guérin, Claude Bourdet et Gilles Martinet, et découvre Marx et Engels, auteurs dans lesquels il se retrouve bien plus que dans ceux qu'il a étudié aux États-Unis.
Le virage idéologique et l’orientation vers les sciences sociales
Ses convictions le poussent à démissionner et à quitter le secteur privé et les affaires. Dès lors, il consacre beaucoup de temps à son action militante. En 1955, il décide de s'orienter vers les sciences sociales et se met à fréquenter dès 1956, le séminaire de Georges Balandier à la VIe section de l'École Pratique des Hautes Études (EPHE) intitulé « Sociologie de l’Afrique noire ». C'est le point de départ d’une profonde amitié et d’une riche collaboration intellectuelle qui se poursuivra (non sans discussions) notamment au Centre d’études africaines.
En 1957, Claude Meillassoux met sa pratique de l'anglais au service de Georges Balandier, qui souhaite dépouiller la littérature essentiellement britannique portant sur l'Afrique australe, dans le cadre d'un projet de recherche sur les implications sociales du progrès technique. Cette vacation l'amène à s'intéresser à l'apartheid et à l'exploitation dans ces colonies. Au bout d'un an de dépouillement, Georges Balandier l'envoie enquêter six mois avec Ariane Deluz chez les Gouro en Côte d'Ivoire afin d'étudier les transformations économiques et sociales d'une société traditionnelle sous l'effet de l'introduction des cultures commerciales. Cette enquête ethnographique de terrain fonde les réflexions théoriques et la réputation anthropologique de Claude Meillassoux. Il publie à son retour l’article « Essai d'interprétation du phénomène économique dans les sociétés d'autosubsistance », souvent considéré comme le texte fondateur de l’anthropologie économique d’inspiration marxiste en France. Soutenue en 1962 sous la direction de Georges Balandier à l'EPHE, et publiée en 1964, sa thèse sur les Gouro de Côte d'Ivoire fait date. Claude Meillassoux y pose les solides jalons théoriques et expérimentaux d’une « anthropologie totale » selon la formule de Georges Balandier. En se dissociant du courant idéologique dominant de l’époque, le structuralisme, Claude Meillassoux prend le parti de montrer comment, à partir des fonctions économiques de la société qu’il étudie, les formes de production matérielles engendrent la production des formes sociales. Selon Bernard Schlemmer, cette thèse magistrale a permis en France le soudain essor de la recherche en anthropologie économique. En 1964, Claude Meillassoux entre comme chargé de recherches au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et y effectue toute sa carrière.
La carrière d'un chercheur atypique
Un anthropologue africaniste
Enquêtant au Mali et au Sénégal, il travaille d’abord sur le rôle de la société Soninké dans l’histoire de l’Afrique noire. De 1962 à 1963, grâce à une bourse de la National Science Foundation, il part en mission un an à Bamako, où il participe à une vaste enquête sur les associations volontaires dans l’Afrique urbaine. Il y effectue également des recherches sur l'histoire et les institutions précoloniales. Entre 1964 et 1965, en mission huit mois au Mali, il commence ses recherches sur l'organisation des clans, des castes et de l'esclavage en Afrique sahélo-soudanienne. De novembre 1965 à novembre 1966, il séjourne un an au Sénégal, mis à disposition de l'Institut de Développement et de Planification de Dakar. En 1966, il part en mission un mois au Goye (Sénégal) où il continue ses recherches sur les clans, les castes et l'esclavages chez les Soninke du Gajaga. Entre 1966 et 1967, en mission de cinq mois au Mali, il poursuit ses recherches comparatives sur l'organisation des clans, des castes et de l'esclavage parmi les populations dites « Marka », de Banamba à Djenne. Il s'attache particulièrement à l'étude des castes de musiciens. En 1968, il part en mission d'observation des cérémonies septennales du Kamablon de Kangaba au Mali. En 1969, il part deux mois au Mali afin d'effectuer des recherches complémentaires sur les soninké du Wagadu. En 1970, il part en mission quatre mois au Sénégal où il effectue des travaux de dépouillement d'archives, de linguistique et continue ses recherches comparatives sur les clans, les castes et l'esclavage au Futa Tooro. Entre 1975 et 1976, en mission trois mois au Mali, il commence des recherches dans le Bélédugu et le Jonkoloni sur les relations entre récits légendaires et histoires. Il collecte notamment deux légendes historiques qu'il confronte avec la tradition orale des communautés concernées.
Ces terrains de prédilection sont donc clairement le Mali et le Sénégal, où il effectue l'essentiel de ses missions, mais il s’est aussi intéressé, et de très près, aux Pygmées, à l’Afrique du Sud (notamment dans le cadre du Groupement de Recherche (GR) « Afrique australe »), aux castes indiennes, aux Inuits, à la royauté Inca.
Une difficile reconnaissance du CNRS
En 1964, Claude Meillassoux entre au CNRS comme chercheur à la section 33 (Section Anthropologie, Ethnologie, Préhistoire). Il est d'abord chargé de recherche dès 1966 puis devient maître de recherche en 1974.
En 1967, il remplace Jean Rouch à la direction de la Recherche Coopérative sur Programme (RCP) n°11 « Ethnosociologie de la boucle du Niger » (initialement appelée «Objet et méthodes d'une ethnologie comparée de l'Afrique noire») qui avait l'objectif premier de fédérer les différentes recherches en Afrique. Une trentaine de chercheurs la composait et l'aire géographique étudiée recoupait les anciennes colonies françaises d'Afrique de l'ouest et d'Afrique équatoriale, autrement dit, le Sénégal, le Mali, le Niger et le Tchad. Elle s'acheva en décembre 1968 et Claude Meillassoux dirigea dès 1969 l'Équipe de Recherche (ER) « Systèmes économiques africains ». Il s'intéresse alors au mode d'exploitation sud-africain et à l'esclavage. Au cours des années 1980, il codirige l'Équipe de Recherche (ER) 225 « Sociétés rurales et politiques de développement ». En 1986, il met en place le Groupement de Recherche 846 « Afrique australe », qui comprend des chercheurs, universitaires et doctorants, des anthropologues, des sociologues et des économistes. Cette équipe connait un vif succès, notamment dû à l'approche pluridisciplinaire et au dialogue entre chercheurs africains et français. Il ne dirigera cependant jamais de grande unité de recherche en tant que telle et ne sera pas affilié au Centre d'études africaines de Georges Balandier. Reconnu par ses pairs, et bien qu'il obtienne la médaille d'argent du CNRS en 1984, Claude Meillassoux se situait en marge du schéma de pensée traditionnel.
Une pensée engagée aux marges des disciplines
L'influence de Claude Meillassoux a d'avantage été celle d'un maître à penser. Rapidement, c’est la grande majorité des anthropologues français qui se trouvent peu ou prou influencés par les travaux de Claude Meillassoux ; au point que l’anthropologie économique va disputer le devant de la scène disciplinaire à la seule concurrence de l’anthropologie structurale pendant toute la décennie. Invité à donner cours et conférences dans les universités étrangères les plus prestigieuses, Claude Meillassoux a également participé à de nombreux travaux collectifs. Dès 1971, il anime un séminaire de la VIe section de l'EPHE, qui devient, en 1975, l'École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS). Il y invite des anthropologues mais également toute personne qui s'intéresse au mouvement d'émancipation et de libération nationale. Mais ce séminaire n'est pas seulement un lieu de paroles. Réunissant des chercheurs d’horizons et de disciplines variés, il donne lieu à plusieurs ouvrages collectifs d’importance dont Qui se nourrit de la famine en Afrique ?. La démarche si caractéristique de Claude Meillassoux, qui consiste à assumer dans un même mouvement responsabilité scientifique et responsabilité citoyenne, recherche académique et engagement politique, s'y révèle. La démarche de Claude Meillassoux lie constamment activité professionnelle et actualité historique, responsabilité intellectuelle et responsabilité citoyenne.
La bibliographie ci-dessous montre assez l’étendue de ses champs d’intérêts, où il est difficile de démêler quand le questionnement théorique découle de l’engagement politique ou quand la démarche inverse prédomine. Nombre de ses articles ont porté directement sur les questions sociales apparemment bien éloignées de ses terrains africains, mais découlant en fait de son approche scientifique et de sa volonté de la mettre au service des luttes contre toutes les injustices. C’est son engagement politique qui est premier dans sa découverte de l’Afrique australe. Catherine Coquery-Vidrovitch écrit à ce sujet à Bernard Schlemmer : « Je me souviens l'avoir vu à son retour d'Afrique du Sud, et il m'avait dit : « je ne pouvais accepter d'aller dans ce pays (de l'apartheid) qu'à la condition d'en rapporter un témoignage ». Il fut là encore un des tous premiers chercheurs à faire entrer l'Afrique du Sud dans le champ des préoccupations françaises! ». Il en ramène l'ouvrage Les derniers Blancs: le modèle sud-africain. Dans les années 1980-1990, il met à nouveau à l’œuvre cette ouverture pour que l’ensemble de la communauté scientifique intéressée soit collectivement interpellée, en organisant, avec un groupe de collègues de diverses disciplines, des colloques dont il voulait qu’ils portent à l’interface des disciplines. Les débats s'animent autour de thèmes tels les dynamiques démographiques de l’évolution sociale (Terrains et perspectives), la nature du système de l’apartheid (Les spectres de Malthus) ou encore le travail des enfants(L’enfant exploité, oppression, mise au travail et prolétarisation). Ce qui caractérise l’itinéraire de Claude Meillassoux, c’est ce va-et-vient entre engagement intellectuel et engagement militant qui, chez lui, reste permanent. Sa démarche même refuse de considérer aucune société, aucun phénomène social, comme pouvant être analysé de façon autonome, isolée, hors contexte. Jamais Claude Meillassoux n’a dissocié son travail de chercheur de ses convictions intimes de citoyen et de penseur militant, mais il l’a fait en conscience et avec toute sa rigueur scientifique.
Un auteur prolifique
Claude Meillassoux a été tout au long de sa vie un auteur prolifique, très lu et très traduit (citons notamment Femmes, greniers et capitaux, traduit en anglais, espagnol, italien, portugais, allemand et japonais). Pour l'ouvrage dirigé par Bernard Schlemmer, Terrains et engagements de Claude Meillassoux, plus de 250 références bibliographiques sont enregistrées.
Modalités d'entrée dans la collection : L'intégralité du fonds a fait l'objet d'un don en 2005 à la bibliothèque de recherches africaines par Quentin Meillassoux, fils de Claude Meillassoux.
Conditions d'accès :
Conditions d'accès : Merci de nous contacter avant votre visite. La communication des documents d'archives est en principe libre mais respectera les éventuelles restrictions d'accès souhaitées par les donateurs. Consultation sur place uniquement.
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Autre instrument de recherche : Inventaire également disponible sous forme de PDF
Bibliographie :
Bibliographie de Claude Meillassoux : :
Anthropologie économique des Gouro de Côte d’Ivoire : de l’économie de subsistance à l’agriculture commerciale, Mouton, 1964.
"Essai d’interprétation du phénomène économique dans les sociétés traditionnelles d’autosubsistance." Cahiers d’Études Africaines.- Paris : 1960.
"Légende de la dispersion des Kusa : épopée soninke", Bulletin de l'IFAN, 1967.
Urbanization of an African Community: Voluntary associations in Bamako, University of Washington Press, 1968.
Qui se nourrit de la famine en Afrique?, Maspero, 1974.
L’esclavage en Afrique précoloniale, Maspero, 1975.
Femmes, greniers et capitaux, Maspero, 1975.
Lexique Soninke (Sarakole)-Français, CLAD, 1976.
Terrains et théories, Anthropos, 1977.
Les derniers blancs : le modèle sud-africain, Maspero, 1979.
Le mâle en gésine, ou de l’historicité des mythes, Cahiers d’Études Africaines, 1979.
Anthropologie de l’esclavage, le ventre de fer et d’argent, PUF, 1986.
The Ghosts of Malthus : demography and modes of production, The Journal of Social Studies, 1990.
Économie et travail des enfants. L’enfant exploité, oppression, mise au travail et prolétarisation, Karthala, 1996.
L’économie de la vie : démographie du travail, Cahiers Libres, 1997.
Terrains et théories, Cahiers Libres, 1999.
Mythes et limites de l’anthropologie. Le sang et les mots, Cahiers Libres, 2001.
Références bibliographiques ayant pour sujet Claude Meillassoux et son oeuvre. Il s'agit pour nombre d'entre elles d'hommages posthumes. :
Claude Meillassoux, un parcours original. Le courrier du CNRS. 1985, n°61.
AMIT Vered. Biographical Dictionary of Social and Cultural Anthropology.- London : Routledge, 2004, p.348-349.
BEDORIGO Bréhima. Hommage à Claude Meillassoux, un monument de l’anthropologie. Recherches Africaines. octobre 2004, n°3. Disponible sur Internet #o#réf. 2009-03-23#f#.
BOIDRAS, Catherine, MARTIN, Denis-Constant. La littérature d’opposition à l’apartheid. - Paris : Bibliothèque de Sciences Po, janvier 2006.
CHESNAIS, François. Entretien avec Claude Meillassoux. Carré rouge.- Paris : mai 2000, n°14, p. 58-64.
COPANS, Jean. Claude Meillassoux (1925-2005). Cahiers d'études africaines. 2005, n°177. Disponible sur Internet #o#réf. 2009-07-04#f#.
DEGOY, Lucien. Un anthropologue matérialiste. Décès de Claude Meillassoux. L'Humanité. 5 janvier 2005. Disponible sur Internet #o#réf. 2009-07-04#f#.
GYGAX, David. Claude Meillassoux : « le sang et les mots ». L'Humanité. 26 octobre 2001. Disponible sur Internet #o#réf. 2009-07-04#f#.
GAILLARD, Gérald. Dictionnaire des ethnologues et des anthropologues.- Paris : A. Colin, 1997.
MEILLASSOUX, Claude. Lettres à Jean Risacher : brouillons d'autobiographie. Fonds Claude Meillassoux.
MEILLASSOUX, Francis et Jean. Une étape dans l'industrie roubaisienne (1868-1918) : l'association Motte et Meillassoux. Revue du Nord. 1969, p. 291-305.
SCHLEMMER, Bernard. Hommage à Claude Meillassoux : un coup de tonnerre dans un ciel serein #o#en ligne#f#. 7 janvier 2004. Disponible sur Internet #o#réf. 2009-07-04#f#.
SYLLA, C.H. Claude Meillassoux : la mort d’un grand ami du Mali. Le Républicain (Mali). 10 janvier 2005, n°1832.
Terrains et engagements de Claude Meillassoux. Textes réunis et présentés par Bernard Schlemmer. - Paris : Éd. Karthala, 1998.
TERRAY, Emmanuel. Claude Meillassoux (1925-2005). L'Homme. 2005, n°174. Disponible sur Internet #o#réf. 2009-07-04#f#.
Information sur le traitement : Cette description a été rédigée par Mélanie Lembert, pour la Bibliothèque de Recherches Africaines, Institut des Mondes Africains.
Evaluation et tris : Les documents d'ordre intime (photographies, correspondance) ont été retirés physiquement du fonds afin de les restituer ultérieurement à Quentin Meillassoux. Ils n'ont pas été inventoriés.
Producteur du fonds ou collectionneur : Meillassoux, Claude (1925-2005)
Propriétaire préc. : Meillassoux, Quentin (1967-....)
Sujet : Mali
Sénégal
Afrique
Afrique australe
Côte d'Ivoire
Anthropologie économique
Anthropologie
Afrique occidentale

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