Calames

Fonds Carrel (1873-1944)

Organisme responsable
Académie nationale de médecine. Bibliothèque

Description :
Le fonds Alexis Carrel de l’Académie nationale de médecine couvre une période allant des années 1890 aux années 1980.
Les documents concernant période de la Première Guerre mondiale en constituent le noyau et forment un ensemble organisé et relativement complet. On y trouve une documentation sur les formations sanitaires organisées par Carrel entre 1915 et 1918. Le fonds contient en particulier de nombreuses photographies concernant l’Hôpital temporaire n°21 du Rond-Royal de Compiègne et prises lors des visites de médecins de différentes nationalités. Un ensemble de documents sur les blessés soignés par Alexis Carrel à l’Hôtel-Dieu de Lyon ou à l’Hôpital de Compiègne pendant la guerre, ainsi que des lettres adressées à Alexis et Anne Carrel par d’anciens patients, méritent aussi d’être mentionnés.
Le fonds comprend également une très importante correspondance. Il a pu être réalisé un inventaire pièce à pièce de la correspondance d’Alexis Carrel, classée par nom de correspondant. Celle-ci, qui concerne principalement, elle aussi, la période de la Première Guerre mondiale, complète utilement la section plus spécifiquement consacrée aux années de cette guerre. Il convient aussi de signaler l’existence d’échanges de lettres avec des personnalités médicales françaises et surtout anglophones, ainsi qu’avec des membres du Rockefeller Institute for Medical Research : par exemple Henry Dakin, Simon Flexner, Hideyo Noguchi, Emanuel Libman, Théodore Tuffier, Samuel Pozzi, Charles Richet, Claudius Regaud, Léon Bérard, Albert Dastre ou encore René Biot. Les dossiers de correspondance à caractère thématique ont en revanche fait l’objet d’un inventaire groupé, justifié par le thème général qui en est l’objet, sans qu’il en soit donné le détail.
A signaler également la présence dans le fonds de nombreuses photographies, classées dans les différentes sections auxquelles elles se rapportent. On trouve en particulier de nombreux portraits d’Alexis Carrel, à différents moments de sa vie, ainsi que des photographies à caractère familial. Alexis Carrel ayant eu l’habitude de recourir à la photographie dans son travail scientifique, plusieurs photographies médicales sont parvenues jusqu’à nous, qu’elles concernent ses recherches sur le goitre cancéreux, celles sur la culture des cellules ou son travail sur le traitement des plaies.
Une autre partie importante du fonds est formée par une documentation ayant trait à certains ouvrages d’Alexis Carrel. L’Académie nationale de médecine conserve ainsi un manuscrit et des épreuves d’imprimerie de L’Homme, cet inconnu, ainsi que les manuscrits ayant été utilisés pour les Réflexions sur la conduite de la vie. Des revues de presse, vraisemblablement réalisées à la demande d’Anne Carrel, donnent un aperçu de la réception de plusieurs ouvrages de Carrel.
On trouve également quelques documents et notes relatifs à la formation d’Alexis Carrel. Un journal tenu par lui lors d’un séjour au col de Fréjus pendant son service militaire présente un grand intérêt. Des notes de cours sur différentes questions médicales, formant un ensemble complet, ont vraisemblablement été prises par Carrel pendant ses études de médecine.
Le fonds témoigne également, quoique de manière moins complète, de plusieurs aspects de la vie de Carrel. Il contient par exemple des pièces documentant l’intérêt d’Alexis et Anne Carrel pour la parapsychologie : il s’agit surtout de comptes-rendus d’expériences au pendule ou de prédiction et d’essais sur ce sujet. On trouve aussi des notes pour des projets d’instituts de recherche, notamment des documents épars sur la Fondation française pour l’étude des problèmes humains.
Le fonds contient aussi, en plus des archives d’Alexis Carrel, des documents rassemblés ultérieurement par d’autres, notamment, vraisemblablement, par Anne Carrel, ou des textes rédigés à son sujet.
Enfin, un ensemble de documents concerne plus spécifiquement Anne Carrel, ou lui a manifestement appartenu. Outre de la correspondance, qui n’a pu faire l’objet d’un inventaire pièce à pièce, on y trouve notamment des documents militaires lui ayant été délivrés pendant la Première Guerre mondiale et témoignant de son rôle aux côtés de son époux, ainsi que des documents ayant trait à ses centres d’intérêt scientifiques.
Biographie ou Histoire :
Auguste Carrel est né à Sainte-Foy-lès-Lyon le 28 juin 1873 . Il est l’aîné d’une famille de trois enfants issue de la bourgeoisie commerçante et catholique lyonnaise. Il n’avait pas encore 4 ans quand son père, Alexis, mourut : il en adopta plus tard le prénom.
Il fit ses études de médecine à Lyon, où il bénéficia de l’enseignement de Joseph Teissier, Mathieu Jaboulay, Antonin Poncet et Léon Bérard. Reçu au concours d’externat, après un premier échec, en 1893, il fut nommé interne en 1896 ; réputé pour son habileté manuelle, il s’orienta vers la chirurgie et, au tournant du siècle, soutint brillamment sa thèse sur le goitre cancéreux. Chef de clinique à l’Hôtel-Dieu de Lyon dans le service de chirurgie d’Antonin Poncet, il y commença ses recherches sur la chirurgie vasculaire.
En proie depuis plusieurs années à une crise spirituelle, il se rendit à Lourdes en mai 1902 pour se confronter à la question du miracle. Il y assista à la guérison, inexpliquée – il ne parla pas cependant de miracle –, d’une jeune femme atteinte de méningite tuberculeuse, Marie Bailly. La publicité faite à cet événement, par Carrel lui-même et par la presse, suscita des réactions hostiles dans le corps médical lyonnais. Cette situation, s’ajoutant à deux échecs à être nommé chirurgien des hôpitaux à Lyon, l’incita à quitter la France.
En septembre 1904, après un séjour au Canada à l’occasion du Congrès de l’Association des médecins de langue française d’Amérique du Nord, il commença à travailler à l’Université de Chicago au sein des Hull Laboratories. Il s’y lia avec le Dr. Carl Beck et travailla avec Charles Guthrie à des recherches sur la transplantation d’organes.
Deux ans plus tard, il s’installa à New York où, grâce à l’appui du neurochirurgien Harvey Cushing, il entra au Rockefeller Institute for Medical Research, premier institut médical américain fondé en 1901 par John D. Rockefeller et alors dirigé par Simon Flexner. Alexis Carrel en fut l’un des membres les plus éminents jusqu’en 1939. Il y poursuivit ses recherches expérimentales en matière de chirurgie vasculaire et de transplantation d’organes, et travailla, en collaboration avec Montrose Burrows, à la culture des tissus et des cellules.
Ces recherches pionnières lui valurent la reconnaissance du monde scientifique et de l’opinion publique américaine, et l’attribution du prix Nobel de physiologie et de médecine en 1912. Elles contribuèrent aussi à la réputation d’apprenti sorcier qui lui fut désormais attachée ; la mise en culture d’un cœur de poulet pendant plusieurs décennies raviva chez certains le rêve d’« immortalité » .
En 1913, une tournée de conférences en France marqua un début de reconnaissance par son pays natal, sanctionnée par la remise de la Légion d’honneur. Elu, la même année, correspondant de l’Académie de médecine, il en deviendrait associé national le 28 juin 1921 – un peu tardivement aux yeux de ses partisans. Car, malgré l’amitié de médecins français éminents, en particulier Samuel Pozzi, Théodore Tuffier ou Charles Richet, il entretint des rapports souvent difficiles avec le monde médical français.
En décembre 1913, Alexis Carrel épousa en outre Anne Gourlez de la Motte, veuve de M. de la Mairie, qu’il avait rencontrée lors d’un voyage à Lourdes en 1909 ou 1910. Elle-même infirmière, elle le seconda ensuite dans ses recherches.
Revenu en France en compagnie de son épouse enceinte – elle fit une fausse couche et le couple n’eut pas d’enfant – durant l’été 1914, initialement pour les vacances d’été, Alexis Carrel décida d’y rester lorsque la guerre éclata. Il fut affecté en tant que médecin aide major de seconde classe aux hospices civils de Lyon, auprès de Léon Bérard ; il y travailla notamment avec René Biot et recourut aux services d’Auguste Lumière pour la radiographie. Il obtint cependant d’être mis à la disposition du Ministère de la guerre dès la fin novembre et, après sa promotion au grade de médecin aide major de 1ère classe en décembre, s’attela à l’organisation d’un hôpital selon ses vœux : l’hôpital temporaire n°21 du Rond-Royal commença à fonctionner à Compiègne en mars 1915.
Ce devait être un hôpital expérimental, où une large place serait faite à la recherche et à l’expérimentation sur le traitement des blessures de guerre. Choqué par la difficulté des chirurgiens français à traiter les infections liées aux blessures de guerre, qui obligeaient à des amputations ou coûtaient la vie aux blessés, Carrel considérait en effet que la stérilisation des plaies constituait l’enjeu premier de la chirurgie de guerre. Aussi l’hôpital de Compiègne fut-il doté, en plus des locaux réservés au traitement des militaires blessés, de laboratoires bien équipés. L’ensemble impressionnait les visiteurs – qui furent nombreux – par son luxe, sa propreté et sa modernité . Car, bien que placé sous l’autorité militaire du service de santé des armées, il bénéficia du soutien financier, sinon illimité du moins très généreux, du Rockefeller Institute for Medical Research. Carrel s’entoura à Compiègne d’une équipe de spécialistes, en particulier des Dr. Georges Dehelly, Maurice Guillot, Henri Woimant et Dumas, chirurgiens, du Dr. Maurice Daufresne, pharmacien, du Dr. Jaubert de Beaujeu pour la radiologie, du Dr. Vincent, bactériologiste, et de Pierre Lecomte du Nouÿ, biologiste. Anne Carrel dirigeait l’équipe des infirmières, toutes recrutées à l’Ecole de garde-malades de la Source, à Lausanne (à l’exception d’une courte période où furent accueillies des nurses américaines).
Pendant le premier semestre 1915, Alexis Carrel collabora avec le chimiste britannique Henry Drysdale Dakin, qui s’était formé à l’Institut Lister de Londres et avait lui aussi séjourné à New York avant la guerre. A Compiègne, Dakin mit au point l’antiseptique à base d’hypochlorite de soude qui a fait passer son nom dans le langage commun ; il put le présenter devant l’Académie des sciences pendant l’été 1915. Alexis Carrel conçut quant à lui, à l’aide d’une étude systématique des résultats obtenus dans le traitement des plaies et du relevé de courbes microbiennes, une méthode d’utilisation de cette nouvelle substance par irrigation des plaies, souvent dénommée simplement « méthode de Carrel », qu’il exposa deux ans plus tard dans un ouvrage publié par Masson, Le traitement des plaies infectées. Il se plaignit pourtant des difficultés rencontrées pour diffuser sa méthode auprès des médecins français. En réalité, plusieurs d’entre eux s’en firent les chantres enthousiastes, tels les Dr. Tuffier, Pozzi ou, à l’hôpital belge de La Panne, le Dr. Depage ; une personnalité de poids comme le Pr. Edouard Quénu, qui s’était initialement déclaré hostile à la méthode Dakin-Carrel, se ravisa après une visite à Compiègne. De nombreux médecins américains travaillant en France vinrent à Compiègne apprendre la méthode de Carrel. Un envoyé de l’US Steel Company, le Dr. O’Neill Sherman, désirant appliquer la méthode dans le cadre des accidents du travail, œuvra pour la diffuser dans le corps médical de l’armée britannique. De plus, des médecins entreprirent d’utiliser l’antiseptique dans le traitement d’autres affections : les Dr. Dumas et Malartic, entretenant avec Carrel des contacts fréquents et étroits, l’utilisèrent dans le traitement de la tuberculose osseuse, dans leur hôpital d’Aire-sur-Adour.
Alexis Carrel s’intéressa ensuite à la cicatrisation des plaies, chargeant notamment l’un de ses collaborateurs, Pierre Lecomte du Nouÿ, d’en établir une modélisation mathématique pour en faire une étude systématique. Une fois solutionné le problème du traitement des plaies, Carrel tenta d’orienter ses recherches vers ce qu’il considérait vraisemblablement comme la seconde question décisive de la chirurgie de guerre, celle du « choc » opératoire. Les blessés soignés à l’hôpital de Compiègne ne se prêtant pas à ce type de recherches, il envisagea une collaboration avec le Dr. Depage à La Panne. Il ne put pas cependant mener à bien ses recherches en ce domaine, tout comme dans celui des plaies de l’abdomen et du cerveau, qui constituèrent d’autres axes de recherches de Carrel.
Ses recherches furent en outre interrompues par deux séjours aux Etats-Unis, de fin janvier à avril 1917, puis de juillet 1917 à mars 1918. Il y travailla à la création, à New York au sein du Rockefeller Institute, du War Demonstration Hospital, qui commença à fonctionner durant le second semestre 1917 et se consacra à l’enseignement de la méthode de Carrel. Il avait vraisemblablement auparavant espéré pouvoir créer un établissement semblable en France : il fut question de Paris, de Montdidier. Mais aucun de ces projets n’avait pu aboutir.
Il organisa en revanche une ambulance chirurgicale avancée, qui fut opérationnelle à Litz à son retour en France au printemps 1918, sous la direction administrative du Dr. de Ferry et médicale du Dr. Woimant. Dans la nuit du 22 au 23 mars 1918 cependant l’hôpital de Compiègne fut bombardé et détruit. Il fut réorganisé à Noisiel, mais vraisemblablement sans qu’Alexis Carrel y fût très présent. Plus intéressé par la recherche expérimentale que par les soins hospitaliers, il obtint que des locaux fussent mis à sa disposition à l’hôpital canadien-français de Saint-Cloud et qu’un laboratoire y fût organisé sous sa direction et sous l’égide du Rockefeller Institute for Medical Research. Il commença à fonctionner durant l’été ; Alexis Carrel y travailla la plus grande partie de son temps jusqu’à la fin de la guerre. Les différentes structures mises en place par lui furent démobilisées à la fin de décembre 1918. Lui-même repartit pour les Etats-Unis dès le début de janvier 1919, pour reprendre sa place au Rockefeller Institute for Medical Research.
Il y travailla jusqu’en 1939, ne revenant en France que pour ses vacances annuelles. Il poursuivit des recherches sur le cancer et étudia dans ce cadre les effets de l’environnement sur l’organisme. Ces travaux lui valurent le prix Nordhoff Jung de la Georgetown University de Washington. Il se consacra également à la culture des organes, collaborant à cette fin avec Charles Lindbergh, avec qui il se lia en 1930. Lindbergh mit au point une pompe aseptique, simulant le fonctionnement des poumons, du cœur et des vaisseaux et permettant la conservation des organes. Ensemble, Carrel et Lindbergh écrivirent The Culture of Organs, paru aux Etats-Unis en 1938 – mais jamais traduit en français.
Avec son épouse Anne, Alexis Carrel s’intéressa par ailleurs à la parapsychologie, qui semble avoir occupé une place importante dans leurs vies à partir de la moitié des années 1930. Ils se lancèrent dans des expériences au pendule et de prédiction, en s’inspirant notamment du concept de sixième sens de Charles Richet, avec qui Alexis Carrel entretenait de bonnes relations.
A New York, Carrel se partageait entre le Rockefeller Institute for Medical Research et ses amis du Century Club, où il retrouvait Frederic René Coudert, avocat international très influent issu d’une famille franco-américaine, le révérend père Cornelius Clifford, professeur de philosophie médiévale, et Boris Bakhmeteff, représentant aux Etats-Unis du gouvernement russe en exil. Il discuta avec eux du manuscrit de L’Homme, cet inconnu tout au long de sa rédaction. Le livre parut simultanément en France (chez Plon, qui édita ensuite tous les livres de Carrel) et aux Etats-Unis en septembre 1935 et connut d’emblée un grand succès ; il fut constamment réédité jusque dans les années 1970. Carrel y sortait du registre médical auquel il s’était astreint jusque-là dans ses écrits publics, pour aborder des questions oscillant entre la philosophie et la politique, auxquelles il portait un intérêt croissant. Il ambitionnait en effet d’y appréhender l’homme sous ses différents aspects, médicaux comme psychologiques et moraux, dans le cadre d’une vaste « science de l’homme » . Obsédé par l’idée de dégénérescence de l’homme dans la civilisation moderne, Carrel croyait pouvoir y apporter un remède au moyen de l’eugénisme et d’une conception autoritaire, méritocratique et élitiste de l’ordre social. Ses convictions l’inclinaient résolument vers la droite. Il entretint du reste des relations cordiales avec les frères Bunau-Varilla et soutint Joseph Pozzo di Borgo lors de l’instruction de l’affaire de la Cagoule fin 1936 ; son épouse suivit quant à elle, plus décidément encore, le mouvement du colonel de la Rocque.
Selon Alain Drouard, les mêmes préoccupations présidèrent aux différents projets de fondations et d’instituts consacrés à l’étude de l’homme qu’échafauda Carrel à la fin des années 1930, et l’amenèrent à s’intéresser à des initiatives qui lui parurent proches : il se lia ainsi avec le polytechnicien Jean Coutrot, fondateur d’X Crise, dont il suivit avec intérêt le Centre d’études des problèmes humains. Il devint du reste pour Carrel d’autant plus important de trouver un cadre au sein duquel développer ses idées, qu’il fut mis à la retraite par le Rockefeller Institute for Medical Research en 1939, officiellement en raison de son âge.
Rentré en France au début de l’été, il y fut une nouvelle fois retenu par la guerre. S’étant mis à la disposition des autorités françaises, il fut chargé de mission au ministère de la Santé publique. Il projeta, avec Antonin Gosset, René Legroux, Henri Rouvillois et Louis Pasteur Vallery-Radot, de créer un « centre de recherches de guerre à l’Institut Pasteur ». Il se lia ensuite avec Raoul Dautry et entra au ministère de l’Armement comme conseiller pour la recherche en matière de chirurgie et de « biologie sociale ». Pour des raisons inexpliquées, il quitta cependant la France pour les Etats-Unis au printemps 1940, à la veille de la défaite.
Il revint environ un an plus tard, officiellement dans le cadre d’une enquête américaine sur les effets de la guerre sur les populations civiles françaises, pour un séjour qui devait être temporaire : il ne quitta pourtant plus la France jusqu’à sa mort. Il rencontra Philippe Pétain en mars 1941, puis s’engagea, avec son épouse et, notamment, le polytechnicien Félix-André Missenard et les Dr. André Gros et Jacques Ménétrier, dans la création de la Fondation française pour l’étude des problèmes humains, sanctionnée par une loi du 17 novembre 1941. Selon Alain Drouard, tout en étant, officiellement, une émanation de l’Etat français, la Fondation, dont le siège fut fixé à Paris, bénéficia d’une assez large autonomie financière et programmatique : aucun objectif ni aucune directive ne lui furent fixés et elle fut partiellement financée par une banque privée. Elle devait se consacrer à l’étude des différents aspects de cette « science de l’homme » évoquée plus haut et des moyens du développement et de l’amélioration de la population française . Organisée en départements, équipes et laboratoires, elle accueillit des chercheurs dans les disciplines les plus diverses : des médecins et des physiciens aussi bien que des sociologues ou des statisticiens. Des personnalités aux parcours très variés sont ainsi passées par la Fondation : citons entre autres l’ancien surréaliste et communiste Pierre Naville, les Dr. Robert Gessain, et Jean Sutter, le sociologue, initiateur des sondages en France, Jean Stœtzel, la psychologue Françoise Dolto, l’économiste et historien Charles Bettelheim et surtout l’économiste François Perroux, qui en fut plusieurs mois le secrétaire général. Les idées de ce dernier finirent cependant par se heurter à celles d’Alexis Carrel, qui s’était donné les fonctions de « régent » de la Fondation : partisan d’une définition rigoureuse des objectifs de recherche de la Fondation, d’une gestion stricte et d’une organisation hiérarchique, par un contrôle étroit, de la recherche scientifique, François Perroux donna sa démission en décembre 1943, à l’issue d’une crise de plusieurs semaines qui provoqua le départ de nombreux membres de la Fondation. Celle-ci fonctionna cependant jusqu’à la Libération ; il en naîtrait plus tard l’INED. Quant à lui, Alexis Carrel fut destitué de sa charge de régent le 23 août 1944.
Malade et diminué physiquement depuis quelques temps, il souffrit des accusations de collaboration qui circulèrent à son sujet au lendemain de la Libération (sans, cependant, qu’elles fissent l’objet d’un procès). Victime d’une attaque cardiaque, il mourut dans la nuit du 4 au 5 novembre 1944.
Il venait de publier un ouvrage sur La Prière, témoin de sa foi chrétienne. Son épouse se chargea après sa mort de la publication de plusieurs ouvrages, en rassemblant et en faisant un choix parmi ses manuscrits : des réflexions inédites d’Alexis Carrel furent ainsi réunies par ses soins , de même qu’un peu plus tard Anne Carrel établit, à partir de ce qu’elle considérait être la dernière version du manuscrit, les Réflexions sur la conduite de la vie, ouvrage auquel Alexis Carrel avait travaillé pendant la période de la guerre . Une partie du Journal de Carrel fut également mise au propre et publiée .
Modalités d'entrée dans la collection : Le fonds Alexis Carrel a été donné à la Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine en 2002 par Alain Drouard.
Conditions d'accès : Le fonds Alexis Carrel, qui occupe 40 boîtes, est librement accessible aux chercheurs.
Documents séparés :
Le Rockefeller Achives Center (RAC) met à disposition des fonds d'archives venant compléter notre inventaire. Ainsi, parmi les fonds faisant référence à Alexis Carrel, sont consultables les dossiers suivants :
"Alexis Carrel papers, Rockefeller University Faculty FA231" composé principalement de photographies et de dossiers de correspondance.
"Theodore Malinin collection of Alexis Carrel and Charles Lindbergh papers FA208".
"Rockefeller University records, War Demonstration Hospital, FA012".
"Rockefeller University records, Director, Simon Flexner FA138".
Le Service Historique de la Défense (Ministère de la Défense) détient un fonds d'archives de la Direction du service Santé (sous série GR 9 NN 7). Pour qui s'intéresse à l'organisation des services de santé, à ses infrastruscures et à son personnel, ce fonds offre une documentation inédite et de premier choix. Le répertoire numérique est consultable en ligne sous format PDF.
Documents en relation : L'inventaire du fonds Alexis Carrel est consultable en ligne, en format pdf.
Sujet : Carrel, Alexis (1873-1944)

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